temoignage de Veronique Decker

Témoignage de Véronique Decker :
Après le film « Spartacus et Cassandra », une réalité au quotidien

Ce soir, à la sortie de l’école, un élève m’attendait. Il habite au
115 et tous les deux ou trois jours, on le change d’hôtel.
Comme il n’est qu’en CE2, souvent il attend pour que je lui explique comment
faire pour y aller. Et souvent, je ne parviens pas à expliquer, alors je
fais monter tout le monde dans ma voiture et je les emmène.
Massy, Cergy, Champs sur Marne, Sarcelles, Gonesse, il a déjà fait le tour
de toute l’Ile de France. …
Cette fois, il fallait aller à Mery sur Oise.
Et pour aller de Bobigny à Mery sur Oise, la voiture c’est tout de même plus
simple.
L’hôtel se trouve très loin de la gare, dans une zone industrielle plantée
au milieu des champs.
Lorsque nous arrivons, il est 17 h. Sur le parking, il y a des enfants. Des
enfants noirs, des enfants blancs, qui tous parlent le français. Toutes les
chambres de l’hôtel sont « 115 ». Les enfants demandent « T’es 115 ? « .
Mon élève répond : « Oui ». C’est une nouvelle nationalité…
Les autres enfants ne vont plus à l’école. Trop loin. Trop de changements.
Entre la zone industrielle, les champs, la décharge, c’est le bord de notre
monde. Là où il n’y a plus d’enfance, plus d’école.
juste une « mise à l’abri ».
je me demande si c’est eux qui sont abrités, ou si c’est nous qui nous
abritons de cette misère.